Isabelle GIAMI : comment se porte actuellement le marché immobilier ?
Stéphane LEVI-MARTIN : avec plus d’un million de transactions réalisés ces douze derniers mois, le
marché immobilier français est extrêmement dynamique frôlant les records historiques du début des
années 2000 et la profession notariale ne constate à ce jour aucun signe d’affaiblissement. Les
volumes de transactions devraient donc préserver leur niveau élevé dans les mois à venir. Au-delà
des volumes, les indices avancés de nos statistiques basés sur les avant-contrats signés et non encore
réitérés, attestent d’une évolution des prix toujours orientée à la hausse (hausse annuelle de 5.10%
pour les appartements et de 2.70% pour les maisons).

Isabelle GIAMI : Et s’agissant plus spécifiquement du marché francilien ?
Stéphane LEVI-MARTIN : la tendance est encore plus marquée s’agissant du marché francilien avec
une augmentation supérieure à 4% des volumes portant le nombre annuel de transactions à 180 000,
et une hausse des prix de l’ordre de 4.6% (7.8% pour la capitale). Le seuil symbolique des 10 000€/m²
a été franchi à Paris en août dernier et la tendance haussière devrait se poursuivre au cours des
prochains mois.

Isabelle GIAMI : Comment expliquer un tel dynamisme ?
Stéphane LEVI-MARTIN : les explications sont multiples. Il est indéniable que ces augmentations sont
étroitement liées au niveau actuel des taux d’intérêts bancaires. Leurs taux enfoncent un nouveau
plancher historique passant pour de nombreux emprunteurs en deçà du seuil de 1%. Les emprunts
immobiliers n’ont jamais été aussi accessibles grâce à la tendance baissière déjà constatée ces
dernières années qui s’est accélérée à la faveur de la politique monétaire accommodante qu’a
adoptée la Banque centrale américaine l’été dernier, immédiatement relayée par la BCE. Et les
banques, malgré cette période d’extrême faiblesse des taux, gardent largement ouvert le robinet du
crédit immobilier en raison d’un environnement ultra concurrentiel et parce qu’elles trouvent
aujourd’hui un moyen de rémunérer leurs liquidités plus intéressant que les marchés obligataires
actuellement déprimés. Par un effet de ciseau, ce mouvement de diminution du coût de l’argent a
largement compensé la hausse des prix de l’immobilier.
Cette baisse des taux d’intérêt s’est par ailleurs accompagnée d’une baisse de rendement de la
plupart des produits financiers. L’immobilier reste en conséquence un placement toujours attractif
pour de nombreux français car il offre aujourd’hui un rendement supérieur aux produits bancaires.
Valeur refuge par excellence alors que les stigmates de la crise financière de 2008 sont encore très
présents, le marché immobilier conserve son image de placement de bon père de famille. Et force est
de reconnaître que ce marché reste assez peu spéculatif car largement soutenu par des utilisateurs. Il
ne faut en effet pas oublier que l’immobilier répond avant tout à un besoin, celui de se loger, et que
le volume de constructions neuves reste nettement insuffisant pour satisfaire la demande.

Isabelle GIAMI : Quelles sont dans cet environnement les spécificités de l’immobilier commercial
parisien ?
Stéphane LEVI-MARTIN : l’immobilier commercial est par définition étroitement lié à l’activité
économique et à la bonne santé de ses différents acteurs. On constate d’un côté un ralentissement
de la croissance mondiale qui aura nécessairement une répercussion sur le marché de l’immobilier
commercial mais d’un autre côté un besoin de modernisation du parc immobilier de bureaux et
d’adaptation des commerces à de nouveaux modes de consommation et de distribution qui
soutiennent la demande. Les fondamentaux restent sains : taux de vacance et dette immobilière sous
contrôle, capitaux en recherche de placements immobiliers abondants, baisse des taux d’intérêts.
Après avoir légèrement reculé en 2018, le marché de l’immobilier commercial est reparti à la hausse
et les volumes investis vont probablement s’établir cette année à 5 milliards d’euros soit une
progression de 11% par rapport à la moyenne des dix dernières années, tirés par d’importantes
opérations de lease back, des cessions significatives de portefeuilles, une hausse des rendements et
de l’attractivité des cellules de centres commerciaux.
S’agissant plus particulièrement de Paris, le marché devient toujours plus sélectif avec un
engouement non démenti pour les emplacements prime et une place toujours plus importante du
secteur du luxe et des artères privilégiées comme les Champs Elysées, le secteur Saint
Honoré/Vendôme et l’avenue Montaigne.
Le marché connaît également des adaptations de son offre avec quelques grandes tendances qui
semblent se dégager : une consommation plus éthique, l’intégration des magasins physiques et du
commerce en ligne, l’apparition de nouvelles technologies dans les points de vente à laquelle
s’ajoute une seconde vie pour les pieds d’immeuble des artères moins attractives avec le succès de la
location meublée touristique.
Le marché se professionnalise davantage et se financiarise à un rythme soutenu, laissant de moins
en moins d’espaces aux particuliers non-initiés qui doivent, face à ce marché en pleine
transformation, plus que jamais être correctement accompagnés dans la mise en place de leurs
projets.

Isabelle GIAMI : Le notaire est un acteur incontournable de ce marché. Il a longtemps souffert
d’une image quelque peu poussiéreuse. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Stéphane LEVI-MARTIN : Comme toute profession, le notariat a dû s’adapter aux évolutions
sociologiques, économiques et sociétales. La profession s’est, ces dernières années, profondément
rajeunie et féminisée. Elle s’est modernisée en investissant considérablement dans les nouvelles
technologies : l’acte authentique électronique prend l’ascendant sur l’acte papier, nos échanges avec
les différentes administrations (recette des impôts, service de la publicité foncière, cadastre,
communes..) seront bientôt totalement dématérialisés, la visio conférence se met progressivement
en place dans toutes les offices notariaux, les espaces clients et les espaces de travail collaboratifs se
généralisent. D’autres évolutions sont à venir, en partie centrée sur l’intelligence artificielle qui
facilitera dans un premier temps la gestion, le classement et l’archivage de la multitude de
documents que nous brassons chaque jour et dans un second temps leur analyse et leur cohérence.
La profession, s’est également largement spécialisée afin de répondre au mieux aux attentes des
usagers et continuer à garantir une sécurité juridique dans ses différents domaines d’interventions.
La loi Croissance a par ailleurs permis l’installation de près de 2 300 nouveaux confrères depuis 2016
et a considérablement ouvert les possibilités qui s’offrent aux chefs d’entreprises pour adapter leurs
structures d’exercice et faire face aux enjeux de demain, se regrouper, nouer des partenariats, se
rapprocher d’autres professionnels du droit et du chiffre, exploiter plusieurs offices.